Rencontre avec François Chobeaux de vendredi 15 juin 2018 en BTS ESF et CESF

dimanche 1er juillet 2018
par  Lycée Friant

François Chobeaux, sociologue, responsable national des secteurs social et jeunesse des CEMEA, rédacteur en chef de la revue VST, a été invité par Karl Grux (étudiant DE CESF) et l’équipe ESF du Lycée Friant pour donner une conférence sur l’errance des jeunes. Cette journée de réflexion et de débat était destinée aux étudiants de BTS ESF et DE CESF, aux enseignants de la section ESF et aux travailleurs sociaux impliqués dans la formation des étudiants stagiaires du lycée.
Auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux jeunes à la dérive et aux dispositifs qui leur sont dédiés, François Chobeaux a d’abord caractérisé l’errance en la distinguant des modes de vie alternatifs portés par un projet de vie cohérent quoiqu’hors norme (la vie en camion, les Zad, les squats militants). Les jeunes en errance endossent une identité d’emprunt - parfois inspirée des mouvements de contre culture des années 1970 -80 (punks, travellers, zonards) - trop peu solide cependant pour constituer un socle à partir duquel se définir et donner sens aux actes dans la durée. L’errance active qu’ils présentent comme choisie est moins l’expression d’une liberté assumée que d’une détresse psychique qu’ils apaisent en s’oubliant dans la défonce (alcool, toxiques…) et la fuite (partir au gré des festivals, des trains qui entrent en gare, des occasions qui se présentent, des ruptures successives -familiales, institutionnelles-)
L’errance ne se laisse toutefois pas essentialiser et les parcours d’errants sont à chaque fois singuliers : certains ont évolué dans des familles chaotiques peu structurantes, d’autres ont grandi sans heurts apparents avant de briser les liens, mêmes fragiles, qui les unissaient à leurs parents parce qu’ils n’ont pas trouvé dans les villes moyennes qu’ils habitaient d’autres jeunes en souffrance à qui s’agréger, d’autres encore sont sortis des dispositifs ASE ou PJJ sans solution d’hébergement. Les histoires des jeunes errants épousent les transformations politiques des sociétés. Les migrations internationales conduisent des mineurs, déjà exposés à des traumatismes répétés, à s’exiler dans des pays qui les accueillent mal. L’errance suppose donc une articulation toujours complexe entre des questions de santé mentale (états-limites, psychoses…), de structuration psychique (immaturité, intolérance à la frustration…) et des problématiques sociales et familiales (placement, maltraitance, désintérêt pour l’enfant, exil imposé…).
Les fragilités construites pendant l’enfance rejaillissent sur les parcours d’accès à l’âge adulte. Les failles se révèlent, conduisant les jeunes à trouver dans la zone déjà établie de possibles affiliations. Une socialisation s’opère qui les portent alors à adopter les attributs constitutifs de l’identité zonarde (discours, chien, drogues et refus de toute forme d’aide). Par delà la période d’exaltation des premiers temps, la fatigue arrive produisant une lucidité nouvelle sur l’expérience vécue (rêves déçus, confrontation à la mort, au viol, souffrances devenues insupportables).
Pour autant, les sorties de l’univers de la rue ne sont pas simples pour des jeunes rétifs aux pratiques d’insertion sociale fondées sur les normes non questionnées du travail, du logement indépendant ou du projet personnel à formuler. Des solutions innovantes existent déjà (jobs à la journée, structures à bas seuils d’exigence), d’autres sont encore à inventer. Dans tous les cas, le travailleur social peut constituer un repère, « une balise » qui guide sans imposer une direction.
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